Affichage des articles dont le libellé est Littérature. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Littérature. Afficher tous les articles

mercredi 11 octobre 2017

Les années douces

par Hiromi Kawakami


Titre original : Sensei no Kaban
Auteur: Hiromi Kawakami
Pays: Japon
Genre: Roman
Nombre de pages : 284
Année de première parution : 2001
N° ISBN: 978-2-87730-765-9

Le sujet :

Harutsuna Matsumoto est un professeur de japonais à la retraite. Il se souvient très bien de Tsukiko Omachi, l’une de ses anciennes élèves, qui a ses habitudes dans le même troquet que lui et qui commande les mêmes choses que lui. C’est d’ailleurs en lui faisant un jour la remarque qu’il brise la glace. Le dialogue s’instaure entre ces deux personnages qui ne vont dès lors cesser de se rapprocher, malgré les trente années qui les séparent…

Contenu et impressions :

Je vous ai déjà fait part de mon intention de lire ce roman dans un précédent article. Si j’ai le plaisir de vous en parler aujourd’hui, c’est qu’il était donc à la médiathèque et que j’ai enfin eu le temps de le lire, youpi ! ( ^^ )

***

C’est à travers les yeux de Tsukiko que l’on assiste à la naissance de cette relation très belle et très touchante. Petit à petit, au fil des saisons, Tsukiko et son professeur vont devenir indispensables l’un à l’autre et entrer dans la vie l’un de l’autre. Tout commence ce fameux soir où Tsukiko accepte de se rendre chez celui qu’elle appelle « le maître » pour prendre un dernier verre, sans aucune arrière-pensée. Il lui montre des objets qui ont une valeur sentimentale pour lui, il lui raconte une foule d’anecdotes. Et c’est tout. Ou presque…
Car Tsukiko et « le maître » ont un lien invisible et sont comme connectés. Ils vont se retrouver naturellement dans ce même troquet, sans même avoir à se donner rendez-vous. Ils n’ont pas besoin de cela. Parfois, ils se retrouvent ailleurs, autrement, se croisent au hasard d’une rue ou se retrouvent sur la demande du maître pour l’accompagner sur le marché ou bien ils participent à une mémorable cueillette de champignons au petit matin avec le patron du troquet où ils ont l’habitude d’aller et le cousin de ce dernier.
Ce sont deux solitaires contents de s’être trouvés et ils s’apprivoisent, ils se chamaillent – et l’on se surprend à être triste pour eux et avec eux, car la solitude reprend très vite le pas – ils se réconcilient, ils se taquinent. Le lecteur apprend dès le premier chapitre que Tsukiko a du mal à nouer des liens, même avec des gens de son âge. Quant au professeur, il a été marié à une femme peu banale qui l’a quitté du jour au lendemain et sans laisser de trace.
La magie de l’auteur opère dès les premières pages. Hiromi Kawakami n’a pas sa pareille pour expliquer tous ces petits riens et ces anecdotes de la vie de tous les jours, et surtout ces liens qui se tissent délicatement, qui sont parfois ténus et si fragiles, mais qui peuvent devenir très forts. Elle parle également admirablement bien de la nostalgie ou de cette forme de jalousie que l’on peut éprouver lorsque l’être aimé n’est pas là ou qu’il fait souffrir, parfois même sans s’en rendre compte.
Les dernières lignes sont à la fois belles, puissantes et émouvantes et le roman est fin et subtil de bout en bout.        
 
En conclusion :

J’aime beaucoup l’univers de Hiromi Kawakami. Je n’ai lu que deux de ses romans, mais ils ont eu tous les deux un impact très fort sur moi. J’ai lu la version BD il y a quelques années et je suis très contente d’avoir pu lire l’œuvre originale. En lisant le roman, je me suis souvenue au fur et à mesure de certains passages, comme la scène de la cueillette des champignons et du coup, j’ai de nouveau envie de lire la version BD.
Bien entendu, je vous conseille la lecture du roman et de la BD.

Un petit mot sur l'auteur :


Hiromi Kawakami est une romancière et écrivaine japonaise née le 1er avril 1958 à Tokyo. Son premier roman (Kamisama) a paru en 1994. Elle est très populaire au Japon. En France, c’est précisément et principalement pour son roman Les années douces (paru en 2001 au Japon et en 2003 en France) qu’elle est connue. Ce roman a été adapté en bande dessinée par Jiro Taniguchi en 2008 (paru en France en 2010). Son œuvre a été traduite dans plus de vingt langues. Elle a reçu de nombreuses récompenses, notamment le prestigieux prix Tanizaki en 2001 pour son roman Les années douces.


Source renseignements sur l'auteur: site Wikipedia et http://bokmenntahatid.is/hiromi-kawakami-2/




IZA, le 11 octobre 2017

mardi 29 août 2017

La brocante Nakano

par Hiromi Kawakami

 
Titre original : Furudogu Nakano Shoten

Auteur: Hiromi Kawakami

Pays: Japon

Genre: Roman

Nombre de pages : 342

Année de première parution : 2005

N° ISBN: 978-2-8097-0090-9



Le sujet :



Ce roman traite essentiellement de la vie et des relations entre les quatre personnages évoluant au sein de la brocante Nakano : le patron, sa sœur et les deux employés.

La plupart des clients sont atypiques, à l’image des objets que l’on peut trouver dans cette brocante...



Contenu et impressions :



Petit aparté pour commencer. Si ce livre était adapté en drama, ce serait un drama d’ambiance, comme on dit dans ces cas-là. D’ailleurs, j’aimerais bien le voir adapté en drama, je suis sûre que l’on pourrait en faire quelque chose de bien. Enfin… un drama court, disons deux ou trois épisodes. Ce serait amplement suffisant. Pour tout vous dire, j’ai lu ce roman en « drama-style » : j’avais les acteurs, j’avais le décor, j’avais tout. « Ma » boutique s’inspirait largement de la librairie de livres anciens que l’on peut voir dans Tokyo Bandwagon. Par contre, mon petit casting à moi n’était pas le même, encore qu’à la réflexion, et même si je n’avais pas pensé à elle dans un premier temps, à présent je vois très bien Mikako Tabe incarner ici Hitomi, la narratrice. A voir…

Parlons justement des personnages un peu plus en détails. La narratrice est donc Hitomi. Elle travaille comme employée dans la brocante de Monsieur Nakano. Hitomi nous livre ses réflexions, ses peurs, ses impressions sur tout et en particulier sur Takeo, l’autre employé, qui est chargé d’effectuer les récupérations d’objets. Takeo est un peu mystérieux, et pas uniquement pour la narratrice, car c’est un taiseux. Il n’en demeure pas moins attachant, tout comme les autres personnages, d’ailleurs !

Monsieur Nakano est le patron. C’est un quinquagénaire qui a un gros point faible : la gent féminine. Nous faisons d’ailleurs la connaissance de Sakiko, qui est l’une de ses maîtresses ! Sakiko est un personnage secondaire très intéressant. Le chapitre dans lequel Hitomi lit un manuscrit écrit par Sakiko est très drôle, car elle le lit sur une matinée, et comme le contenu est… bon, je ne vais pas vous le dire, mais Hitomi est plongée dans sa lecture et à cause du contenu, elle est surprise tout à coup lorsqu’un client entre soudain dans la boutique et du coup, elle réagit bizarrement. Hitomi, de toute façon, je l’adore. C’est à elle – et un peu à monsieur Nakano – que je dois tous ces sourires pendant la lecture, comme par exemple ce passage où elle est inquiète car la personne pour qui elle commence à développer des sentiments ne l’appelle pas et elle se met à énumérer toutes les raisons pour lesquelles il n’appelle pas… et ça va loin ! Et d’ailleurs, on a tous et toutes éprouvé cela un jour, c’est ça et tous ces autres petits riens qui font que l’on se sent proche des personnages.

Masayo, la sœur de Monsieur Nakano, ne travaille pas à la boutique, mais elle vient régulièrement rendre visite à son frère. Son activité professionnelle consiste à fabriquer et vendre des poupées. Curieusement, lorsqu’elle vient à la boutique, son aura fait que le chiffre d’affaires augmente sensiblement. Masayo va tisser un lien particulier avec Hitomi. Les deux femmes vont devenir des confidentes, ou du moins ce qui s’en rapproche le plus. Tous les personnages vont d’ailleurs tisser des liens et c’est tout l’intérêt de ce roman tout en finesse et subtilité.

De prime abord, ce que l’on peut lire en quatrième de couverture n’incitera peut-être pas le lecteur à se jeter sur ce roman (par peur de se lancer dans une lecture ennuyeuse, peut-être), mais il vaut vraiment le coup ! C’est certain qu’il n’y a pas de rebondissements qui s’enchaînent, de l’action à tire-larigot, mais qu’est-ce que cette histoire est belle et surtout, qu’est-ce que j’aime ce style si simple, mais si subtil ! Chaque chapitre est centré sur un objet, qui est un point de départ pour raconter des petits riens, mais qui au total font un grand tout ! Combien de fois me suis-je sentie impliquée au point de vouloir me retrouver avec eux dans l’arrière-boutique ou en compagnie de Masayo et Hitomi à manger des pâtisseries !

Etant donné que ce sont des petites bribes de la vie quotidienne, on peut lire ce roman tranquillement, chapitre après chapitre, à raison d’un chapitre par soir, on peut même laisser passer plusieurs soirs et retrouver tout le monde sans devoir se dire : « Au fait, il se passait quoi déjà quand j’ai quitté tout ce beau monde la dernière fois ? »). En ce qui me concerne, j’ai été tellement charmée que je l’ai dévoré.

J’ai eu un peu peur que la fin ne soit pas satisfaisante, qu’elle tombe un peu à plat ou qu’elle soit banale, mais je n’ai pas été déçue, c’est un sans faute, et c’est typiquement le genre de petit univers et de personnages que je suis triste de quitter une fois le livre terminé et refermé pour la dernière fois.



En conclusion :



Comme je l’ai dit plus haut, j’ai dévoré ce roman. Je faisais un tour à la médiathèque de ma ville, sans chercher de livre en particulier, lorsque je suis tombée sur celui-ci et j’ai tout de suite été attirée par la couverture, qui est magnifique.

Je vais retourner très prochainement à la médiathèque pour voir s’il n’y aurait pas d’autres pépites du même genre par Hiromi Kawakami. J’ai lu Les années douces par le passé, mais dans sa version BD. Si je pouvais trouver le roman, je serais comblée. Affaire à suivre ?



Un petit mot sur l'auteur :


 
Hiromi Kawakami est une romancière et écrivaine japonaise née le 1er avril 1958 à Tokyo. Son premier roman (Kamisama) a paru en 1994. Elle est très populaire au Japon. En France, elle est surtout connue pour son roman Les années douces (paru en 2001 au Japon et en 2003 en France), qui a été adapté en bande dessinée par Jiro Taniguchi en 2008 (paru en France en 2010). Son œuvre a été traduite dans plus de vingt langues. Elle a reçu de nombreuses récompenses, notamment le prestigieux prix Tanizaki en 2001 pour son roman Les années douces.



Source renseignements sur l'auteur: site Wikipedia et http://bokmenntahatid.is/hiromi-kawakami-2/










IZA, le 29 août 2017

vendredi 28 février 2014

La nostalgie heureuse


par Amélie Nothomb 
Auteur: Amélie Nothomb
Pays: Belgique
Genre: Roman
Nombre de pages : 162
Année de première parution : 2013
N° ISBN: 978-2-226-24968-5

Le sujet :

 Pour les besoins d'un documentaire télévisé dont elle est le sujet, Amélie Nothomb retourne au Japon, la terre où elle a vu le jour. Sa dernière visite datait de 1996: seize ans qu'elle n'avait pas revu des lieux et des personnes qui sont si chers à son cœur...
 Elle nous raconte cet étrange mélange de joie indescriptible et de crainte des retrouvailles en se mettant à nu comme elle ne l'a probablement jamais fait auparavant.


Contenu et impressions :

 Après avoir lu le roman, j'ai cherché le documentaire en question sur le Net et je l'ai regardé en streaming. Il s'agit de l'émission Empreintes de France 5 et qui s'intitule: "Amélie Nothomb. Une vie entre deux eaux", réalisé par Luca Chiari et Laureline Amanieux et datant de 2012. Les photos qui agrémentent mon article sont d'ailleurs toutes extraites de ce documentaire. Il y est question de son travail d'écrivain bien sûr, mais aussi de (re)découverte des facettes de cet auteur peu banal, mélange d'exubérance et de mystère. Amélie Nothomb se raconte simplement et sans fard et à l'issue du documentaire, j'en suis devenue plus fan encore. Je suis censée parler du roman, mais il est directement lié à ce documentaire, alors j'y fais un peu allusion.


 Ce qui frappe d'emblée dans le roman, c'est le titre: "Nostalgie heureuse". En Occident, ce titre est un oxymore, mais il en va tout autrement au Japon dans le sens où la tristesse ne fait pas partie de cette notion de nostalgie. Comme il est expliqué dans le roman, "Natsukashii" désigne la nostalgie heureuse, (...), l'instant où le beau souvenir revient à la mémoire et l'emplit de douceur" (page 90). Amélie Nothomb va-telle connaître ce sentiment de beau et doux souvenir? Lisez le livre pour le savoir...
 Le lecteur (et spectateur) est gâté car il bénéficie du double privilège de voir non seulement Amélie Nothomb se mettre à nu mais en plus de partager avec elle le moment sacré des retrouvailles. L'auteur nous promène dans les rues de Kobe, de Kyoto et de Tokyo. Moi qui suis une grande nostalgique devant l'Eternel, j'ai été très troublée en parcourant tous ces passages où Amélie Nothomb découvrait combien tout avait changé en seize ans. Par exemple, la maison de son enfance n'existe plus, car elle a été détruite lors du grand tremblement de terre de Kobe en 1995. En revanche, son ancienne école est toujours là.


 Amélie Nothomb se rend également à Fukushima - où elle n'avait jamais mis les pieds auparavant - et nous livre l'un des grands moments forts du roman.
 Ce voyage était aussi l'occasion de retrouver Nishio-san, sa chère nounou qu'elle considère comme sa mère. Les deux femmes, conscientes de la présence de la caméra, sont d'abord tout en retenue et parlent du passé jusqu'au moment où elles n'y tiennent plus et tombent dans les bras l'une de l'autre. J'ai encore la larme à l'œil en tapant, c'est quand même fou. Et alors là, en l'espace de 20 lignes, je suis passée des larmes au rire (ce qui m'a un peu soulagée au passage) à cause d'un incident incongru. (Etrangement, le fait de revivre cet incident dans le documentaire m'a beaucoup moins fait rire. L'effet n'était pas le même.)


 Il y a une autre personne qu'Amélie Nothomb allait revoir: Rinri, son fiancé d'alors. Les retrouvailles sont chaleureuses mais cette fois, je n'ai pas pleuré. L'on découvre un homme très classe et très charmant (dommage qu'on ne le voit pas dans le documentaire) et l'on apprend ce qu'il est devenu.
             
En conclusion :

 Je crois que je n'ai jamais autant passé du rire aux larmes en lisant un livre. L'humour de l'auteur marche toujours autant sur moi. Le récit du sauvetage de Swift (le bonzaï) grâce à un film de Scorsese est un passage mémorable. Parallèlement à cela, l'auteur sait également vous remuer les tripes.
 Entre nostalgie et "Natsukashii", tantôt drôle, tantôt émouvant, La nostalgie heureuse est probablement le récit le plus touchant qu'Amélie Nothomb nous ait offert jusqu'à présent.
 Je vous recommande (dans l'ordre) la lecture de Métaphysique des tubes (pour découvrir l'enfance de l'auteur et sa relation très forte avec Nishio-san), Stupeur et Tremblements (pour découvrir la descente aux enfers d'une jeune Amélie Nothomb dans une grande entreprise nipponne) ainsi que Ni d'Eve, ni d'Adam (dont l'intrigue se déroule au même moment que Stupeur et Tremblements, mais où il est question de la relation de l'auteur avec Rinri).
 Je vois La nostalgie heureuse comme une étape, un retour aux sources qui permet de boucler la boucle et je vais très certainement me replonger dans les trois livres précités car j'ai du coup envie de les redécouvrir.


Un petit mot sur l'auteur :

 Née en 1967 à Kobe, Amélie Nothomb partage son temps entre la France et la Belgique. Fille d'ambassadeur, elle a beaucoup voyagé étant enfant en Asie et aux Etats-Unis, au gré des affectations de son père. Son premier roman, Hygiène de l'assassin, paraît en 1992. A ce jour, elle a publié 21 romans, 1 pièce de théâtre et de nombreux contes et nouvelles. Elle a reçu plusieurs distinctions, notamment le prix du roman de l'Académie française en 1999 pour Stupeur et tremblements.
          
Amélie Nothomb

Source renseignements sur l'auteur: site Wikipedia.
Source photos de l'auteur: Documentaire "Amélie Nothomb. Une vie entre deux eaux", par Luca Chiari et Laureline Amanieux, 2012.




IZA, le 28 février 2014

mercredi 10 octobre 2012

Barbe bleue


par Amélie Nothomb


Auteur: Amélie Nothomb
Pays: Belgique
Genre: Roman
Nombre de pages : 170
Année de première parution : 2012
N° ISBN: 978-2-226-24296-9

Le sujet :

  Lasse de vivre à l'étroit dans le deux-pièces de son amie Corinne à Marne-la-Vallée, Saturnine se met en quête d'une colocation. A sa grande surprise, elle est choisie parmi quinze candidates pour vivre dans un luxueux hôtel particulier au loyer étrangement bas dans le VIIe arrondissement de Paris. Le propriétaire, don Elemirio, permet à Saturnine de faire tout ce que bon lui semble et d'aller dans toutes les pièces sauf une: la chambre noire, une pièce mystérieuse où il développe des photos.

Contenu et impressions :

  Pas de surprise, tout est dit depuis le titre: Amélie Nothomb revisite Barbe bleue, qui est son conte favori de Perrault.
  Si vous avez déjà lu plusieurs romans d'Amélie Nothomb et que par conséquent vous connaissez un peu son univers, vous vous rendrez compte rapidement en lisant ce roman - son vingtième paru - qu'elle reste fidèle à ses thèmes de prédilection (l'amour, la mort et la nourriture) et qu'elle n'a rien perdu de cet humour un peu caustique que j'affectionne. Dans ce roman, il est plus particulièrement question de quête de l'alchimie...
  Espagnol d'origine, don Elemirio est un quadragénaire excentrique porté sur le jaune et sur les œufs (^^). Il vit reclus chez lui depuis que ses parents sont morts. Il est modeste ("Aucune dignité n'arrive à la cheville de la dignité espagnole. Je suis digne à plein temps."(p. 20) et ma foi très humble et pas misanthrope pour deux sous ("Le monde extérieur me choque par sa vulgarité et son ennui. (...) Je n'ai plus d'amis. C'est trop ennuyeux." (p. 22) Blague à part, don Elemirio est avant tout un séducteur. Avant Saturnine, huit femmes ont partagé son logement... et elles ont toutes disparu sans laisser de trace. Cela ne semble pas choquer plus que cela notre Saturnine, qui reste malgré tout dans la splendide demeure de ce curieux bonhomme. Il ne lui fait pas peur et elle se fiche complètement de cette chambre interdite, en témoignent les railleries qu'elle lui lance gentiment à la figure de temps en temps. Mieux encore: c'est lui qui insiste pour tout expliquer mais elle l'interrompt et proteste systématiquement... et là , on la déteste car contrairement à elle, on VEUT savoir ce qui s'y passe, dans cette fichue pièce! (^^)
 A l'instar des huit femmes précédentes, Saturnine ne va pas laisser don Elemirio indifférent et très vite, il va lui avouer son amour. Saturnine n'est pas attirée par son hôte... du moins pas dans un premier temps. Là est la grande différence avec les femmes qui l'ont précédée: elle ne le connaissait ni d'Eve, ni d'Adam et n'a atterri chez lui ni par curiosité, ni par intérêt. C'est en partie pour cette raison qu'elle a été choisie.
  Et sinon, la chambre noire? Vous allez rire: elle n'est même pas fermée à clé! Par contre, interdiction formelle d'y entrer, sinon c'est la cata... mais je n'en dirai pas plus, bien sûr. Lisez le bouquin! (^^) La fin est intéressante et globalement, j'ai passé un excellent moment de lecture. Avant de conclure, je vous livre deux citations savoureuses (parmi tant d'autres):

  L'inventeur du champagne rosé a réussi le contraire de la quête des alchimistes: il a transformé l'or en grenadine.
(p. 59)

  Les femmes, c'est un orchestre. On peut jouir de l'ensemble très longtemps. Et puis, un jour, on décide d'isoler une concertiste. On scrute et soudain, on repère la bassoniste tellement plus gracieuse et on décide de ne plus écouter que sa musique. Même en pleine symphonie, on n'entend plus que le basson. Bientôt, les violons, le piano et les voix résonnent comme une cacophonie et on prie la bassoniste de venir exécuter chez soi un solo éternel.
(p. 90)
             
En conclusion :

  Cette année, j'ai quasiment retrouvé le plaisir que j'ai éprouvé en lisant les premiers romans d'Amélie Nothomb. Ce passionnant huis-clos est certes un cran en-dessous de son Hygiène de l'Assassin au niveau des dialogues et il y a quelques longueurs (rien de bien méchant), mais je l'ai lu d'une traite tellement il m'a captivée, ce qui n'a pas toujours été le cas lorsque j'ai lu ses romans, quand bien même ils sont courts. Vous l'aurez compris: je vous le recommande! L'avez-vous lu? Partagez-vous mon avis sur la chose?
           
Un petit mot sur l'auteur :

  Née en 1967 à Kobe, Amélie Nothomb partage son temps entre la France et la Belgique. Fille d'ambassadeur, elle a beaucoup voyagé étant enfant en Asie et aux Etats-Unis, au gré des affectations de son père. Son premier roman, Hygiène de l'assassin, paraît en 1992. A ce jour, elle a publié 20 romans, 1 pièce de théâtre et de nombreux contes et nouvelles. Elle a reçu plusieurs distinctions, notamment le prix du roman de l'Académie française en 1999 pour Stupeur et tremblements.

Amélie Nothomb

Source renseignements sur l'auteur: site Wikipedia.
Source photo de l'auteur:


IZA, le 10 octobre 2012

mercredi 19 septembre 2012

NÂÂÂNDE!? Les tribulations d'une Japonaise à Paris


par Eriko Nakamura


Auteur: Eriko Nakamura
Pays: France
Genre: Récit
Nombre de pages : 167
Année de première parution : 2012
N° ISBN: 978-2-84111-450-4

Le sujet :

 Tout est dans le sous-titre: il s'agit des tribulations d'une Japonaise à Paris. Du dîner chez des amis à la visite chez le médecin, en passant par le chauffeur de taxi et les grèves, Eriko Nakamura nous livre ses impressions sur sa vie parisienne et sur la stupéfaction que cela occasionne bien des fois. Il s'agit d'un choc brutal entre deux cultures, mais c'est également l'occasion pour elle de faire une déclaration d'amour à sa ville d'adoption.
  
Contenu et impressions :

 La couverture est amusante avec ses airs de manga. Je vous ai épargné le bandeau rouge à l'humour pas très subtil: "Ils sont tofu ces Français!". Cela dit, je m'en suis servie de marque-page, il a eu son utilité. (^^) Blague à part, je ne connaissais pas Eriko Nakamura. Je l'ai découverte cet été par le biais d'une émission à la radio. C'est là qu'elle a parlé de ce fameux livre, inspiré de son expérience de la vie à Paris. En l'écoutant parler (dans un français impeccable avec une délicieuse pointe d'accent), ma curiosité a été attisée au point que j'ai eu envie de lire NÂÂÂNDE?!
 Tout commence par la définition de cette interjection que nous connaissons bien, nous, les amateurs de Jdramas! (^^). Ensuite, Eriko Nakamura nous parle du "syndrome de Paris", défini comme étant l'état de choc dans lequel se retrouvent les touristes japonais qui découvrent la capitale et qui constatent, non sans effroi, qu'elle est bien différente de ce qu'ils s'étaient imaginé! (^^) A partir de là, la machine est lancée, Eriko Nakamura fait état de tout ce qui peut choquer un Japonais à Paris. Elle évoque également des choses qui me sont désormais familières et qui sont typiquement japonaises: les talentos, "Takeshi's Castle", le grand nettoyage de décembre, le fait qu'il ne faille pas manger dans les supermarchés, etc. Par contre, j'ignorais l'existence à Paris d'une association nommée "Green Bird" et qui a été créée par des Japonais. Elle est composée d'environ 150 Japonais bénévoles qui s'emploient à nettoyer les lieux touristiques parisiens pour leurs compatriotes lorsque ceux-ci sont de passage à Paris... histoire de leur éviter un passage par la case Sainte-Anne. En lisant ça, ça m'a un peu fichu la honte. Je suis très sensible à l'état de saleté des trottoirs, des toilettes dans les restaurants et je déplore la dégradation des lieux publics, le non-respect de la nature, etc. J'ai déjà eu l'occasion de pousser un coup de gueule à ce propos. Moi aussi, ça me choque. Et moi aussi ça me dérange de voir que c'est la même personne qui manipule les produits frais et la monnaie dans les commerces. Je vais passer pour la maniaque de service, mais tant pis, j'assume!
 Le ton général est bien sûr la bonne humeur, ce qui fait que ce livre est plaisant à lire et il y a quelques surprises comme ce chapitre dédié au métro parisien: c'est dans le métro qu'Eriko Nakamura a commencé à aimer les Parisiens. Moi qui pensais que ça allait saigner dans ce chapitre... (^^) Il faut dire que le métro de Tokyo est un peu spécial!
             
En conclusion :

 NÂÂÂNDE?! est un livre bien distrayant, il se lit vite. Eriko Nakamura n'évite pas les stéréotypes et ne parle pas suffisamment de son expérience de la France en dehors de Paris - ce que j'ai trouvé un peu dommage - mais cet ouvrage reste idéal pour passer une bonne petite soirée de lecture.
 Je vous laisse avec deux citations de ce livre qui me plaisent bien:

            Je crois que c'est avec la grève qu'on mesure le mieux le fossé qui sépare nos deux cultures. A Paris, les grévistes marchent sur la chaussée pour bloquer la circulation et brandissent des drapeaux en essayant de faire le plus de bruit possible. A Tokyo, les grévistes marchent en silence sur une petite partie de la chaussée pour gêner le moins possible la circulation et portent un simple brassard noir. La France est un pays de droit, de revendication alors que le Japon est un pays de devoir et d'obligation.
(p 64-65)

            (...) plus je conduis à Paris et plus j'ai l'impression que ce que l'on me reproche le plus, c'est d'être une femme. Enfin pardon je veux dire une "morue". Le plus choquant c'est que ce sont souvent des femmes qui me parlent comme cela.
(p 109)

Un petit mot sur l'auteur :

 Eriko Nakamura vit en France (à Paris) depuis douze ans, mais elle retourne régulièrement au Japon, son pays natal, où elle est une célébrité. Pendant dix ans, dans les années 1990, elle a été animatrice de talk-show et présentatrice d'émissions de variété et de sport sur Fuji TV. Elle a épousé un français - Charles-Edouard Barthes, créateur de la ligne de cosmétique haut de gamme "EviDenS de Beauté" - et est mère de trois enfants. Au Japon, elle est considérée comme une spécialiste des mœurs françaises. NÂÂÂNDE?! est son premier livre écrit en français pour un public français.

Eriko Nakamura, en compagnie de son époux Charles-Edouard Barthes

Source photo de l'auteur: http://www.purepeople.com/media/charles-edouard-barthes-et-son-epouse_m554561.


IZA, le 19 septembre 2012